Qui es-tu étranger ?
Mon pays n'est pas que désert, mes plaines sont fertiles, mes forêts sont denses, mes prairies sont vastes, mes jardins sont remplis de saveurs et de couleurs.
Mes paysages sont d'une variété surprenante. Ma terre a souffert et continue à souffrir. Elle enfante dans la douleur d'extraordinaires vasques cotonneux, d'étranges cheminées de fée, de majestueuses montagnes aux sommets enneigés.
Mes fleuves et mes rivières sont nombreux, ils coulent en moi comme coule le sang dans tes veines. Sans eux je ne serais rien.
Le soleil remplit mon ciel et mon c½ur, il réchauffe mon âme.
Le couscous n'est pas ma cuisine. Le thé à la menthe n'est pas ma boisson.
Ma cuisine a le goût de ma terre, les odeurs de mon air, la douceur de ma lumière. Elle est riche et opulante.
Ma cuisine n'est pas que döner kebab, elle est beaucoup plus variée que tu ne le crois.
Ma cuisine, ce sont les merveilleux légumes et les fruits au goût de soleil.
Ma cuisine, ce sont les poissons en abondance, les troupeaux en liberté.
Ma cuisine, c'est la richesse des mélanges et le parfum des épices.
Ton yahourt n'est pas bulgare, tes vignes farcies ne sont pas grecques, ta pizza n'est pas italienne. Ton palais me connaît plus que tu ne me connais.
J'ai invité des civilisations entières, je leur ai demandé d'inventer mon histoire, notre histoire. Elles ont construit tes maisons, labouré tes champs, fait cuire ton pain.
J'ai invité tous les opprimés, je leur ai dit, c'est votre maison, vous êtes tous mes frères et soeurs.
J'ai inventé l'hospitalité pour que ma maison soit la tienne, pour que mon repas soit le tien.
Je n'ai jamais repoussé ceux qui sont venus vers moi, je n'ai jamais chassé personne. Je n'ai jamais massacré pour mon plaisir.
J'avoue avoir versé mon sang pour défendre tous ces trésors, non pas pour moi, je ne suis pas égoiste, mais pour nous, pour toi et tes enfants.
Mes pères ne portent pas tous la moustache, ils ne sont pas tous fainéants, ils travaillent dur.
Mes mères ne sont pas toutes voilées, elles ne sont pas enfermées chez elles, elles guident mon pays.
Mes fils sont bruns, blonds, roux, mes filles sont belles et intelligentes.
Tous ensembles, ils construisent mon avenir, ton avenir, celui de nos enfants.
Ce pays est le mien, ce pays est la Turquie, ce pays je l'aime. Pardonnes moi de ne pas te l'avoir présenté plus tôt.
Tu m'as fait venir pour construire tes routes, tes maisons, pour nettoyer tes égouts.
Tu me détestes parce que tu me crois pauvre et parce que tu me crois faible. Tu ne vois en moi qu'une brute.
Je suis peut-être pauvre mais mon c½ur est rempli de toutes les richesses dont je t'ai parlé.
Je ne t'en veux pas de ne pas m'aimer. Comment pourrais-tu m'aimer puisque tu ne me connais pas ?
Je suis venu vers toi, vers un pays dont je ne connaissais pas la langue, je n'ai pas su te dire tout cela auparavant.
Mais aujourd'hui les choses ont changé, mes enfants parlent ta langue. Ils ont soif de te faire découvrir toutes nos richesses.
Écoutes-les je t'en prie, ouvres ton esprit, ne crois pas ce que d'autres te racontent. Ne te laisses pas manipuler.
Qui sait, un jour peut-être, pourrai-je t'offrir mon repas et te servir de guide pour voyager à travers notre passé et notre futur communs.